13 juil. 2012

Cirque


Vous êtes tous des pieuvres avides
Aux regards tentaculaires
Sinuant dans mes rides et mes excentricités
À la recherche sans doute d’une
Toile vierge
Où cacher votre encore malsaine

Vos longs doigts inquisiteurs
Fascinés par le contact de ma peau
Si vallonnée de vieillesse et de bubons
Effleurent avec une certaine
Déception
Le grotesque de mes traits de bête

Pourtant, vous et votre indiscrétion
Animées par l’utopie, continuez de creuser,
À grosses pelletées, au plus profond
De la terre fertile d’une étrange folie

Vos ongles grattent, d’abord doucement
La couche de poussière et de toile d’araignée
Dentelle macabre sur mon cœur
Puis, de plus en plus férocement
À mesure que votre frustration de parasites
S’accentue, comme attisée par une odeur inatteignable
De charogne, vous lacérez, lacérez encore

Je vous offre cette carcasse toujours palpitante
Qu’est mon corps, qu’est mon âme…
La voulez-vous ?
Non, car maintenant que je vous brandis ce moi cadavre
Docilement allongé dans mes propres paumes
Vous reculez, verdissant de dégoût

Cela ne m’importe guère, mesdames, messieurs ;
L’animal encagé dans un cirque
Ne se préoccupe jamais des acclamations
Ou des huées
De la foule encore plus bestiale que lui !

12 juil. 2012

Le retour

Me revoilà ! Je suis de retour après une longue convalescence informatique... Ceci est donc, comment dire, ma résurrection définitive (?). Je vous écrirai plus longuement demain, car, comme je viens tout juste d'emménager à Chicoutimi, j'ai pas mal de boîtes à défaire, même après deux semaines ! Au fait, j'ai réussi, au terme de trois heures d'incompréhension et d'insultes mentales et verbales envers manchon de caoutchou, goupilles en métal, équerre de fixation et fixation verrouillable, à construire une foutue bibliothèque... qui, maintenant chargée de livres, me semble bien précaire... Ben voyons ! Rassurez-moi, elle ne s'écroulera pas pendant mon sommeil, non ? Humm...
Pour me faire pardonner, je vous offre un petit quelque chose qui s'appelle un poème.

* Vous remarquerez que je m'adonne désormais aux vers libres... Je préfère nettement cette poésie plus spontané, plus... libre, justement. Aucune contraintes. Tant mieux ou tant pis, selon les goûts. Vous remarquerez aussi que ce n'est pas très gai. Je n'ai aucune excuse. Les thèmes sombres m'ont toujours attirée plus que les autres.

Drap sale

Comme un drap sale
Piétiné
Je tombe, tombe
Dans la fosse

 Mon corps tout blanc
Saigne tout noir
Mes yeux rouillés, pourris
Pleurent des cadavres

Je tombe, tombe
Au creux de la folie
Hurlante, garnie
De longs doigts morts

Le vent approche sinuant
Agressif, méchant
Crispé il m’agrippe
Moi, mon cou

Je tombe, tombe
La tête de chiffon
Se balançant, vide
Sur mon épaule de squelette

Je m’écrase, m’écrase
Artistiquement disloquée
L’œuvre oubliée
De la douleur toujours
Vous dit au revoir

28 mars 2012

Résurrection temporaire

Eh non !
Je ne suis pas morte !
(quoique...)
J'aimerais seulement vous avisez que, pour des raisons personnelles, je ne peux continuer ce blog présentement mais que je le reprendrai quand ma vie me le permettra, c'es-à-dire dans un nombre de semaines ou de mois qui me sont inconnus. Je m'excuse de la longue absence qui a précédé ce billet. Que voulez-vous, quand on est mort, on est mort. Bref.
En attendant, je vous souhaite tout de même un beau printemps :)



26 janv. 2012

Panne de vie

Mardi dernier
= panne d'électricité catastrophique.
= prétexte pour jouer aux cartes toute seule
= prétexte pour souper romantiquement à la chandelle avec moi-même
= problèmes informatiques apocalyptiques
= veuillez me comprendre si ces prochains jours je suis absente de l'univers virtuel

19 janv. 2012

Baiser de lèpre

L’enfant avait 5 ans lorsqu’il cessa de vieillir.
Il était d’une pâleur translucide. Ses veines bleues pulsaient, son petit cœur battait sereinement dans sa poitrine diaphane. Ni son corps ni son souffle ne dégageait la moindre odeur. En revanche, son regard aux prunelles océaniques, lorsqu’il se posait sur les objets de son affection, se mettaient à exsuder les fleurs nouvellement épanouies, et quand il observait un être ou une situation qui était contre sa nature, un vent de soufre tournoyait, brûlant et nocif. L’enfant ne méprisait rien ni personne, ou du moins n’en avait pas conscience. Il désapprouvait grand nombre de conduites et de paroles sans véritablement en exécrer aucune. Son cœur et son âme ne ressentaient rien de tel non plus. Mais ils savaient, en humant les effluves âcres et vomitifs des haleines du Mal, qu’ils étaient confrontés à des horreurs, et qu’il fallait s’en méfier ; mieux, s’en prémunir. Ils nourrissaient le désir purificateur de rompre les cous malveillants sans pourtant les tuer. Tout cela, néanmoins, était abstrait. L’enfant dormait dans un sommeil chaste et rêveur, dans lequel des mers affolées, des brasiers frénétiques, de doux nuages et de ciels enveloppants, se superposaient et se combattaient jalousement, chacun luttant pour établir son empire. Cette procession de soldats n’avait aucun sens pour l’endormi ; il les voyait sans les cerner, sans en saisir les fondements. Sous ses paupières frétillantes, les épées enlacées claironnaient, célestes, et crachaient sur leurs ennemis sangs et venins. De petits diablotins aux visages enchanteurs se prélassaient sur la lune et tiraient vers eux les éclats tempétueux du soleil. Ils mangeaient ses rayons, les digéraient, et les expulsaient en immondices pestilentiels sur les couronnes dorées des chérubins aux faux rouillées. Ici, les anges et les démons se confondaient. Les démons arrachaient aux anges leurs robes blanches et leurs peaux laiteuses, les anges déshabillaient les démons de leurs torses couverts de lèpre et de leurs sourires ignares. Tous se volaient et se paraient de leurs larcins, déguisant leurs péchés autant que leurs miracles, costumant de loques décrépites ou de somptueux habits leur véritable nature. Qui était qui ? Quelles forces s’entretuaient, dans ces contrées sanglantes et confuses ? Quels monstres et quels séraphins se disputaient la faux et la lyre ? Pauvre enfant ! il aurait suffi de quelques années de plus pour tout comprendre.

Ne comprenant pas moi-même, je ne peux vous éclaircir sur ce point !

15 janv. 2012

La Grande séduction

Hommage à La Grande séduction (la meilleure comédie québécoise jusqu'à ma mort !).
Ben, c'est ça.


8 janv. 2012

Mauvaise peau

Sur son lit reposait une longue robe pâle. Elle pénétra davantage dans la pièce, s’avança près du lit, et posa craintivement le bout de ses doigts sur le tissu. Il était tiède et lisse, d’une douceur presque céleste. Jamais elle n’avait touché un tissu comme celui-là, unique et parfait. Il lui sembla, en contemplant les broderies qui ornaient la robe au niveau de la poitrine, voir un léger mouvement, une tranquille palpitation. Elle secoua la tête, se dévêtit et enfila aussitôt l’habit. Elle fit un pas et se lorgna dans le miroir, cherchant dans son reflet quelque trace de son véritable visage. Or elle n’en distingua aucune. C’était un tout autre regard, froid et malsain. Un regard qui, définitivement, ne lui appartenait pas. Affolée, elle tenta de retirer sa robe. Elle eut beau se débattre, essayer de déchirer le tissu en y plantant ses ongles pointus, rien n’y fit. Prenant un répit, elle observa le tissu en quête d’une couture endommagée, priant pour que ses efforts eussent porté fruit. Hélas, non. Elle fouilla dans la maison jusqu’à trouver une paire de ciseaux. Le tissu était résistant, il refusait à céder. Et il se resserrait, de plus en plus.
C’était une peau.